Moez Hadidane : la masse monétaire franchit les 30 milliards de dinars, le cash envahit l'économie

Le volume de billets en circulation en Tunisie a franchi un nouveau seuil symbolique. Selon les dernières données disponibles, il atteignait 30,04 milliards de dinars au 21 août 2026, confirmant une tendance de fond qui inquiète les spécialistes : la dépendance croissante de l'économie tunisienne aux transactions en espèces.

A ce titre, l'analyste financier Moez Hadidane, interrogé sur Expresso Summer Mag, a mis cette évolution en perspective. Le taux de pénétration des espèces dans l'économie est passé de 65 % en 2014 à environ 85 % aujourd'hui. Un niveau qu'il juge encore raisonnable comparé à certains pays voisins, l'Égypte affiche 83 %, le Maroc 118 %, mais dont la trajectoire mérite attention.

De plus, le poids des billets dans la masse monétaire globale a lui aussi sensiblement progressé, passant de 15,3 % en 2014 à près de 20 % aujourd'hui. Autrement dit, près d'un cinquième de la masse monétaire tunisienne circule désormais sous forme de billets de banque. Le ratio billets en circulation sur PIB a suivi la même courbe, grimpant de 10 % à 16 % sur la même période.

L'informel, principal moteur de cette dynamique

Poursuivant dans la même veine, Moez Hadidan est catégorique : cette hausse ne traduit pas un enrichissement des ménages tunisiens. Elle reflète avant tout une préférence structurelle pour le cash, alimentée par plusieurs facteurs. En effet, il est question de la législation encadrant les chèques, de la faiblesse de l'inclusion financière et, de surcroît, du poids croissant des transactions hors secteur bancaire. Une part importante de ces flux en espèces est directement liée à l'économie informelle, dont l'expansion constitue, selon lui, le véritable moteur de cette dynamique.

35 milliards de dinars en vue d'ici l'été 2027

Si la tendance actuelle se maintient, l'analyste financier anticipe, pour sa part, une poursuite de la hausse dans les prochains mois, avec un volume de billets en circulation qui pourrait atteindre environ 35 milliards de dinars d'ici l'été 2027. Un scénario qui appelle, selon lui, une réponse coordonnée des pouvoirs publics : politique unifiée de réduction des transactions en espèces, développement de moyens de paiement alternatifs et renforcement de l'inclusion financière. Autant de leviers indispensables pour contenir l'expansion de l'informel et réintégrer ces flux dans le circuit économique formel.

 

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