Ridha Chkondali : Le déficit commercial de 17,8 milliards de dinars dépasse largement la crise énergétique

Le déficit commercial de la Tunisie, qui atteint désormais 17,8 milliards de dinars, constitue un signal d'alarme selon le professeur d'économie Ridha Chkondali. Intervenant jeudi 17 septembre 2026 dans l'émission « Le Mag » sur Express FM, il a rappelé la progression rapide de ce déficit, passé de 11,6 à 14,6 milliards, puis à 17,8 milliards de dinars ces dernières années, traduisant des besoins croissants en devises étrangères.

Contrairement aux idées reçues, ce déficit ne se limite pas au secteur énergétique : hors énergie, il s'élève déjà à 8,9 milliards de dinars, signe selon l'économiste que le problème touche la base productive du pays. Les importations se répartissent entre matières premières et produits semi-finis (4,5 milliards), biens d'équipement (3,1 milliards) et biens de consommation (2,2 milliards). Ridha Chkondali estime que la hausse des importations de matières premières ne serait un signal positif que si elle s'accompagnait d'une progression des investissements et de la valeur ajoutée, or le ratio investissement/PIB reste orienté à la baisse, révélateur d'un climat des affaires encore peu favorable.

L'économiste souligne également une forte concentration géographique du déficit : 7,8 milliards de dinars avec la Chine, 3,3 milliards avec l'Algérie, 2,4 milliards avec la Turquie, 2,3 milliards avec l'Égypte et environ 1,5 milliard avec la Russie. Il note que la balance commerciale avec l'Algérie et l'Égypte, autrefois excédentaire, s'est inversée,  une évolution à surveiller dans une logique d'indépendance économique. À l'inverse, la Tunisie conserve un excédent avec la France (2,9 milliards), l'Allemagne (1,2 milliard) et la Libye (environ 1 milliard).

Le taux de couverture des importations par les exportations poursuit sa baisse, passant de 77,7% en 2024 à 73,9% en 2025, puis à environ 71,4% actuellement. Pour Ridha Chkondali, ce recul traduit une capacité d'exportation de moins en moins suffisante pour financer les importations, renforçant la dépendance envers le tourisme et les transferts des Tunisiens résidant à l'étranger, deux sources qu'il juge fragiles et sensibles à la conjoncture internationale.

Si les exportations ont progressé de 8%, cette hausse resterait largement conjoncturelle, portée notamment par l'huile d'olive (environ 3,8 millions de tonnes, près de 100 milliards de dinars). À l'inverse, les importations ont bondi de 11,6%, creusant l'écart. Les phosphates et dérivés accusent un repli de 12%, tandis que le textile, l'habillement et le cuir reculent d'environ 4,8%.

Les importations énergétiques, en hausse de 28,5%, demeurent l'un des principaux facteurs de pression sur la balance des paiements, portées à la fois par la progression des prix (+13,4%) et des volumes (+13,1%). Le déclin de la production nationale d'hydrocarbures, conjugué à une demande intérieure croissante, fait de l'énergie un poste structurellement déficitaire en devises. Les importations alimentaires progressent quant à elles de 17,1%, dans un contexte de marchés mondiaux volatils et de dépendance persistante pour certains produits stratégiques comme les céréales.

Selon Ridha Chkoundali, cette situation dépasse la seule crise énergétique ou alimentaire : elle révèle les limites d'un modèle économique tunisien fondé sur la main-d'œuvre, la sous-traitance et une production manufacturière tournée vers l'export, un modèle qui nécessite d'importer une large part de ses intrants, d'où la hausse de 7,9% des importations de matières premières et de 6,2% celle des biens d'équipement.
L'économiste appelle à corriger ces déséquilibres dans la prochaine loi de finances, afin de restaurer la capacité des secteurs exportateurs à générer de la valeur ajoutée. Il plaide également pour une révision des hypothèses de la loi de finances 2026 avant l'élaboration de celle de 2027, les évolutions économiques de l'année écoulée rendant nécessaire une mise à jour des projections.

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