
Au début de l'année, la Banque centrale européenne (BCE) semblait déterminée à maintenir ses taux d'intérêt inchangés jusqu'en 2026. Après une désinflation réussie, l'inflation s'était rapprochée de son objectif de 2 %, tandis que le taux de dépôt se situait à 2 %, un niveau généralement considéré comme neutre. L'escalade du conflit irano-américain a brutalement bouleversé ces perspectives. De graves perturbations de l'approvisionnement et des restrictions de navigation dans le détroit d'Ormuz ont entraîné une forte hausse des prix du pétrole et du gaz naturel, faisant à nouveau grimper l'inflation au-dessus de l'objectif.
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Les décideurs politiques craignaient de plus en plus que la hausse des coûts de l'énergie ne se répercute sur les prix des autres biens et services, rendant l'inflation plus persistante par un effet de second tour. La zone euro est particulièrement sensible aux prix du gaz naturel, car ce dernier représente non seulement une part importante des importations d'énergie, mais constitue également un facteur déterminant de la fixation des prix sur les marchés de l'électricité.
Dans ce contexte, la BCE a relevé son taux de dépôt de 25 points de base en juin, afin d'éviter qu'un choc énergétique initialement perçu comme temporaire ne se transforme en un problème inflationniste plus général. Pour l'instant, ces effets sont pris en compte par la politique monétaire, à moins qu'une nouvelle et importante flambée des prix de l'énergie ne s'avère plus persistante. Cet article examine trois facteurs clés qui étayent cette analyse.
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Premièrement, les risques inflationnistes qui ont motivé la hausse des taux en juin se sont atténués. Malgré le conflit persistant entre les États-Unis et l'Iran, les données récentes sur l'inflation indiquent que la hausse des coûts de l'énergie ne se répercute pas de manière générale sur l'économie. L'inflation globale et l'inflation sous-jacente ont toutes deux été inférieures aux attentes en juin, tandis que la croissance des salaires continue de se modérer, limitant ainsi le risque d'effets de second tour. De plus, les taux de swap d'inflation en euros – une mesure de marché des anticipations d'inflation des investisseurs – sont passés sous l'objectif de 2 % fixé par la BCE pour l'année à venir. L'ensemble de ces éléments suggère que le choc inflationniste devrait être temporaire, ce qui affaiblit considérablement la justification d'un nouveau resserrement monétaire.
Deuxièmement, la détérioration des perspectives de croissance pour la zone euro conforte l'idée de ne pas relever davantage les taux directeurs. L'activité économique est restée atone, l'indice composite des directeurs d'achat (PMI), qui combine les secteurs manufacturier et des services, demeurant inférieur au seuil de 50 points séparant la croissance de la contraction depuis trois mois. Cette faiblesse a incité les analystes à revoir à la baisse leurs prévisions de croissance, le consensus des prévisions de croissance du PIB réel pour cette année passant de 1,2 % avant le conflit irano-américain à 0,6 %. Le ralentissement de la croissance économique devrait également atténuer les pressions inflationnistes sous-jacentes en freinant la demande dans l'ensemble de l'économie. Dans ce contexte, un resserrement monétaire supplémentaire risquerait de peser inutilement sur une économie déjà fragile.
Troisièmement, les récentes communications de la BCE suggèrent que les décideurs politiques sont de plus en plus enclins à maintenir les taux d'intérêt inchangés. Lors de sa réunion de juin, le Conseil des gouverneurs a souligné qu'il continuerait d'adopter une approche fondée sur les données économiques et au cas par cas, sans s'engager à l'avance sur une trajectoire précise pour les taux directeurs. Ce message a été réaffirmé lors du Forum annuel de la BCE sur les banques centrales, qui s'est tenu à Sintra, au Portugal. Ce forum réunit chaque année des banquiers centraux, des universitaires et des acteurs des marchés financiers pour discuter des perspectives économiques mondiales et des défis de la politique monétaire. La présidente Lagarde y a noté que les risques pesant sur l'inflation et la croissance étaient désormais mieux équilibrés. D'autres membres du Conseil des gouverneurs ont également indiqué qu'une approche attentiste était appropriée, certains se disant ouverts à un maintien des taux directeurs inchangés si les données économiques confirment la diminution des risques d'inflation. Dans l'ensemble, les communications récentes suggèrent que le Conseil des gouverneurs privilégie l'analyse des données économiques à venir plutôt que la préparation d'une nouvelle hausse des taux directeurs à court terme.
En définitive, la hausse des taux de la BCE en juin constituait une réponse appropriée aux risques d'inflation conjoncturels. Néanmoins, la poursuite du processus de désinflation, des perspectives de croissance moins favorables et les récentes communications de la BCE tendent à réduire la nécessité d'un resserrement monétaire supplémentaire. À moins d’un nouveau choc inflationniste ou de pressions sous-jacentes sur les prix qui persistent de manière inattendue, la hausse de juin devrait marquer la fin du cycle de resserrement de la politique monétaire de la BCE, les taux directeurs devant rester inchangés pour le reste de l’année.
Version anglaise
At the beginning of the year, the European Central Bank (ECB) appeared set to keep interest rates unchanged throughout 2026. After a successful disinflation process, inflation had fallen close to the ECB’s 2% target, while the deposit rate stood at 2%, a level broadly considered neutral. The escalation of the US-Iran conflict abruptly changed this outlook, as severe supply disruptions and constraints on shipping through the Strait of Hormuz triggered a sharp increase in oil and natural gas prices, pushing inflation above target once again.
Policymakers became increasingly concerned that higher energy costs could spill over into the prices of other goods and services, making inflation more persistent through second-round effects. The Euro Area is particularly sensitive to natural gas prices, as gas not only constitutes a major share of energy imports, but also acts as a key price-setting factor in electricity markets.
Against this backdrop, the ECB raised its deposit rate by 25 basis points in June, to prevent what was initially viewed as a temporary energy shock from becoming a broader inflation problem. These effects have for now been captured by monetary policy, unless a further and considerable spike in energy prices should prove more persistent. In this article, we discuss three key factors supporting this assessment.
First, the inflation risks that prompted the June rate hike have eased. Despite the ongoing conflict between the US and Iran, recent inflation data suggest that higher energy costs are not feeding broadly into the economy. Both headline and core inflation surprised to the downside in June, while wage growth continues to moderate, limiting the risk of second-round effects. Moreover, euro inflation swap rates – a market-based measure of investors’ inflation expectations – have fallen below the ECB’s 2% target over the next year. Taken together, these developments suggest that the inflation shock is likely to prove temporary, substantially weakening the case for further monetary tightening.
Second, the weakening growth outlook for the Euro Area reinforces the case for no further increases in policy rates. Business activity has remained subdued, with the composite Purchasing Managers' Index (PMI), which combines the manufacturing and services sectors, staying below the 50-point threshold that separates expansion from contraction for the past three months. This weakness has prompted analysts to revise down their growth outlook, with consensus forecasts for real GDP growth this year declining from 1.2% before the US-Iran conflict to 0.6%. Slower economic growth is also likely to reduce underlying inflationary pressures by dampening demand across the economy. Against this backdrop, additional monetary tightening would risk weighing unnecessarily on an already fragile economy.
Third, recent ECB communication suggests that policymakers are becoming more comfortable with leaving interest rates unchanged. At the June meeting, the Governing Council emphasized that it would continue to follow a data-dependent and meeting-by-meeting approach, without pre-committing to a specific path for policy rates. This message was reinforced at the ECB’s annual Forum on Central Banking, held in Sintra, Portugal, where central bankers, academics, and financial market participants gather each year to discuss the global economic outlook and monetary policy challenges. There, President Lagarde noted that risks to inflation and growth had become more broadly balanced. Other Governing Council members also indicated that a wait-and-see approach was appropriate, with some expressing openness to keeping policy rates unchanged if incoming data continue to confirm that inflation risks are receding. Taken together, recent communication suggests that the Governing Council is increasingly focused on assessing incoming data rather than preparing for another near-term increase in policy rates.
All in all, the ECB’s June rate hike was an appropriate response to the temporary inflation risks. Nevertheless, continued progress in the disinflation process, a weaker growth outlook, and recent ECB communication all point to a reduced need for additional monetary tightening. Unless a new inflationary shock emerges or underlying price pressures prove unexpectedly persistent, the June increase is likely to mark the end of the ECB’s tightening cycle, with policy rates expected to remain unchanged over the remainder of the year.




































