
L'économiste Aram Belhadj a livré le mercredi 13 mai 2026, au micro de radio Express FM, une analyse nuancée de la récente inflexion de la Banque centrale de Tunisie en faveur des PME. Selon lui, cette orientation, aussi bienvenue soit-elle, restera lettre morte sans une refonte plus profonde du cadre économique et bancaire du pays.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par une évolution notable du discours de la Banque centrale. Fin mars, l’institution avait adopté une approche plus restrictive en imposant aux importateurs de produits considérés comme « non prioritaires » de financer leurs opérations exclusivement par fonds propres, sans possibilité de recourir aux crédits, avances ou garanties bancaires. Cette mesure, présentée comme un moyen de préserver les réserves en devises et de limiter les déséquilibres extérieurs, avait suscité de nombreuses inquiétudes parmi les acteurs économiques.
Quelques semaines plus tard, le registre a changé. Le 6 mai, réunis autour du gouverneur Fethi Zouhaier Nouri, les dirigeants des banques tunisiennes ont été conviés à s'inscrire dans une « feuille de route opérationnelle » visant à relancer le crédit à l'économie, avec une attention particulière portée aux PME et à l'investissement productif.
Pour Aram Belhadj, ce signal positif ne saurait masquer une réalité préoccupante. « Nous avons un sérieux problème de financement », a-t-il tranché, soulignant que de nombreuses PME dynamiques et à fort potentiel restent tenues à l'écart du système bancaire classique. Les chiffres qu'il a cités parlent d'eux-mêmes : à peine 43,75 % des PME auraient aujourd'hui accès à un prêt bancaire, tandis que près d'une entreprise sur deux déclare souffrir d'un manque chronique de financement.
Les banques, de leur côté, font face à leurs propres contraintes structurelles. Les taux de créances impayées y atteignent des niveaux alarmants, jusqu'à 26 % dans certains cas, avec une moyenne estimée à 14,5 %, et près de 20 % pour les seules entreprises privées. Une situation qui entretient la frilosité des établissements financiers à l'égard des PME.
Aram Belhadj a également pointé une tension structurelle rarement évoquée publiquement : la pression croissante exercée sur les banques pour absorber la dette publique. En orientant massivement leurs liquidités vers l'achat de bons du Trésor, les établissements financiers détournent mécaniquement des ressources qui auraient pu irriguer le tissu productif. « L'argent mobilisé pour financer le budget de l'État ne va pas vers les projets et les entreprises », a-t-il averti, dénonçant un cercle vicieux qui asphyxie l'entrepreneuriat.
L'économiste a par ailleurs appelé la Banque centrale à commencer par faire respecter les dispositifs réglementaires existants, plutôt que de multiplier les injonctions nouvelles. Car à ses yeux, le problème du financement n'est que la partie visible d'un mal plus profond.
Il a insisté sur l'urgence d'améliorer l'environnement global de l'investissement, en particulier pour les startups et les jeunes entreprises innovantes, que freinent au quotidien les lourdeurs administratives, les procédures d'autorisation kafkaïennes et la corruption. Autant d'obstacles qui découragent l'initiative bien avant même que la question du crédit ne se pose.
Pour Aram Belhadj, aucune relance durable de l'investissement ne sera possible sans une réforme simultanée du climat des affaires, de la gouvernance bancaire et des mécanismes d'accompagnement à l'entrepreneuriat. Le financement n'est qu'un levier parmi d'autres, et certainement pas le premier à actionner.






































