Fonction publique : 70% des agents ne verront pas d'amélioration significative selon Ridha Chkoundali

Le Journal officiel de la République tunisienne a publié jeudi dernier plusieurs décrets gouvernementaux fixant les revalorisations salariales dans la fonction publique et le secteur public pour la période 2026-2028. Ces textes s'appliquent aux fonctionnaires, aux agents des collectivités locales, aux personnels des établissements publics, aux magistrats ainsi qu'aux employés des institutions régies par des conventions collectives, en conformité avec la loi de finances 2026.

Les augmentations mensuelles varient selon les catégories professionnelles. À compter du 1er janvier 2026, les sous-catégories A1 et A2 bénéficient d'une hausse de 120 dinars. Pour les catégories A3 et B, la revalorisation s'établit entre 100 et 105 dinars, tandis que les autres catégories perçoivent 90 dinars supplémentaires par mois. Des progressions sont prévues pour 2027 et 2028.

Intervenu sur les ondes de radio Express FM, l'économiste Ridha Chkoundali a précisé ce lundi 4 mai 2026 que ces augmentations, bien que rétroactives au 1er janvier 2026, se calculent sur le salaire brut et non sur le net. Le ministère des Finances n'a pas encore communiqué la date exacte de versement des arriérés, ni confirmé s'ils figureront sur les bulletins de salaire de mai ou seront versés ultérieurement. En effet, il a détaillé l'impact réel de ces revalorisations sur les revenus nets des fonctionnaires. Ses exemples concrets révèlent que l'écart entre salaire brut et salaire net diminue considérablement la valeur effective de l'augmentation.

Pour la catégorie A1, représentant environ 40% des effectifs du secteur public, l'augmentation nette n'excédera pas 62 dinars en 2026, avant de passer à 93 dinars en 2027, puis de retomber à 48 dinars en 2028. Les employés de catégorie A2, soit 30% des agents, verront leur salaire net progresser d'environ 67 dinars en 2026, 61 dinars en 2027 et 60 dinars en 2028. La catégorie A3, qui regroupe 7% du personnel, bénéficiera d'une hausse nette d'approximativement 100 dinars en 2026, 71 dinars en 2027 et 51 dinars en 2028. Pour la catégorie B (13% des effectifs), l'augmentation nette s'établira autour de 100 dinars en 2026, avant de diminuer à 67 dinars en 2027 et 41 dinars en 2028. Les catégories C et D, représentant respectivement 6% et 5,6% des agents, recevront des augmentations nettes d'environ 80 dinars et 88 dinars en 2026, puis 63 dinars pour les deux années suivantes.

L'économiste conclut que la revalorisation globale demeure modeste au regard de la masse salariale totale, compte tenu des disparités entre catégories et de l'impact du régime fiscal. En 2026, les principaux bénéficiaires seront les agents de catégorie A3, tandis que les augmentations les plus faibles concerneront les catégories A1 et A2. L'année 2027 verra un équilibre relatif, avant que les catégories C et D ne deviennent les mieux loties en 2028.

Sur l'ensemble de la période triennale, la catégorie D enregistrera les gains les plus substantiels, tandis que les catégories A1 et A2 resteront relativement défavorisées. Environ 70% des agents du secteur public ne bénéficieront donc pas d'augmentations significatives, précise Ridha Chkoundali. En définitive, ces revalorisations auront un impact limité face à l'inflation, particulièrement sur les produits de première nécessité, ce qui pourrait compromettre toute amélioration sensible du pouvoir d'achat réel des fonctionnaires.
 

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