
La stabilisation de l'inflation autour de 5,6 % en octobre 2026, voire sa légère hausse, n'a rien de surprenant. C'est l'avis de l'analyste financier Bassem Ennaifer, invité sur le plateau de radio Express FM, qui relève qu'aucun indicateur, intérieur ou extérieur, ne laissait présager un repli. Il juge d'ailleurs une baisse peu probable à court terme, en raison de la forte accélération des prix alimentaires, en hausse de plus de 26 %. En effet, cette envolée, particulièrement marquée pour les produits frais, résulte selon lui d'une demande accrue face à une offre insuffisante, sous l'effet des conditions climatiques, et de la hausse constante des coûts de production.
Dans le même propos, Bassem Ennaifer a expliqué que l'alimentation n'est pas seule en cause. M. Ennaifer cite aussi le renchérissement des intrants importés et l'augmentation des coûts du transport, de l'assurance et de l'éducation. La contribution du secteur énergétique, estimée à 2,2 %, reste en revanche relativement modérée au regard des standards internationaux. Dans ce contexte, l'analyste estime peu probable que le conseil d'administration de la Banque centrale modifie son taux directeur, maintenu à 7 %, à la hausse comme à la baisse. L'inflation sous-jacente a d'ailleurs reculé de 10 points de base.
Par ailleurs, l’inflation tunisienne ne résiste pas pour les mêmes raisons que dans bien d’autres économies. C’est la différence fondamentale que souligne Bassem Ennaifer. En effet, à l’international, l’énergie est souvent le premier moteur des prix : une hausse du pétrole ou du gaz se répercute sur les carburants, le transport et la production, puis sur une large gamme de biens et de services. En Tunisie, plusieurs prix énergétiques étant fixés administrativement, les variations des cours mondiaux ne se transmettent ni immédiatement ni intégralement aux consommateurs. Une partie de la pression se déplace alors vers les finances publiques, via la compensation, et les entreprises restent exposées aux coûts de l’énergie.
Mais la singularité du pays tient ailleurs, selon les dires de l’analyste : l’inflation est largement nourrie par une production alimentaire insuffisante face à la demande. Une détente des cours du pétrole ne suffirait donc pas à régler la vie chère. Une baisse du coût des intrants importés allégerait les charges des entreprises, sans effacer les pénuries ni les récoltes perturbées. Tant que l’offre alimentaire ne suit pas, les tensions risquent de persister.
Dans un autre registre, Bassem Ennaifer a indiqué qu’avec un taux directeur de 7 % et une inflation de 5,6 %, la Banque centrale doit concilier des impératifs contradictoires : contenir les prix par des conditions restrictives, sans que le coût du crédit ne freine l’investissement, pourtant nécessaire pour améliorer la production. Il estime que la BCT devrait maintenir son taux directeur à son niveau actuel à court terme, sans hausse ni baisse, en raison de la persistance des pressions inflationnistes malgré la stabilisation du taux général.
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