
L'Afrique n'est pas une destination lointaine pour la Tunisie : c'est un prolongement naturel, stratégique, et largement sous-exploité. C'est en ces termes que Khemais Mestiri, directeur général des relations bilatérales avec les pays africains au ministère des Affaires étrangères, a posé le cadre de son intervention dans l'émission Expresso.
A cet effet, il a expliqué que le fait que la Tunisie soit membre du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA), est un avantage compétitif que la plupart de ses concurrents ne partagent pas. Concrètement, les entreprises qui choisissent la Tunisie comme base industrielle ou commerciale bénéficient d'exemptions et de facilitations douanières leur ouvrant l'accès à de vastes marchés africains. Il a d’ailleurs indiqué que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) ajoute une couche supplémentaire d'opportunités pour les investisseurs étrangers qui envisagent le continent via Tunis.
Or, selon les propos de Khemais Mestiri, ces mécanismes restent largement méconnus ou insuffisamment mobilisés. Les exportations tunisiennes vers l'Afrique subsaharienne ont certes progressé de 3,4 % en 2025, une croissance supérieure à celle enregistrée vers les autres marchés internationaux, mais, ajoute-il, le chiffre de 22,7 % d'exploitation du potentiel disponible illustre l'ampleur du chemin restant à parcourir.
Des secteurs tunisiens taillés pour l'Afrique
Poursuivant dans la même veine, le responsable identifie plusieurs filières où la Tunisie dispose d'une compétitivité réelle face aux besoins et au pouvoir d'achat des marchés africains : l'électronique, la métallurgie, le textile et l'habillement, mais aussi la santé, l'éducation et les services technologiques. Des secteurs qui correspondent précisément aux attentes d'une classe moyenne africaine en pleine expansion. Le forum économique Africa Forward, organisé pour la première fois en Afrique francophone, a offert une vitrine concrète à cette ambition : attirer des investisseurs européens, notamment français, souhaitant pénétrer le continent africain en passant par la Tunisie.
Liaisons maritimes et financement : les deux angles morts
A ce titre, Khemais Mestiri pointe deux blocages structurels. Le premier est logistique : la Tunisie ne dispose toujours pas de lignes maritimes régulières et directes avec la majorité des pays d'Afrique subsaharienne. Une lacune qui pèse directement sur la compétitivité des produits tunisiens face à leurs concurrents mieux connectés, selon ses propos.
Le second est financier. Les institutions tunisiennes qui cherchent à investir ou à conclure des partenariats sur le continent se heurtent à un manque de relais bancaires locaux. Al-Mustiri plaide pour l'implantation de succursales financières tunisiennes en Afrique — non seulement pour faciliter l'accès aux garanties et aux financements, mais aussi pour asseoir la crédibilité des opérateurs tunisiens auprès de leurs partenaires africains.
Par ailleurs, Khemais Mestiri pose une conclusion sans ambiguïté : la dynamique africaine de la Tunisie ne se construira pas par décrets. Elle exige une mobilisation du secteur privé, dans le transport, la logistique, la banque et les services financiers. Les entrepreneurs tunisiens sont appelés à prendre toute leur part dans cette nouvelle étape, au-delà des cadres institutionnels.
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