
L'universitaire et conseiller fiscal Skander Sellami a rappelé, le mardi 14 juillet 2026, au micro de radio Express FM, que la taxe sur la fortune n'est pas une nouveauté en Tunisie. Introduite dès la loi de finances 2023 via un décret-loi, sans débat parlementaire ni concertation publique, elle ne concernait alors que le patrimoine immobilier dépassant 3 millions de dinars. La loi de finances 2026 a considérablement élargi son périmètre. Elle intègre désormais les droits réels, les actions, les parts sociales, les valeurs mobilières et les véhicules, une extension décidée, selon l’invité d’Expresso, sans qu'aucune évaluation préalable de la taxe initiale n'ait été conduite.
Les zones d'ombre sont nombreuses. En effet, le conseiller fiscal a indiqué que la note explicative du ministère des Finances a semé la confusion sur le traitement des dépôts bancaires, tour à tour inclus puis exclus du champ de la taxe. Le sort des biens immobiliers affectés à une activité professionnelle reste lui aussi flou, ouvrant la voie à des interprétations divergentes et à des contentieux fiscaux.
Dans le même propos, Skander Sellami pointe également l'absence de mécanismes fiables d'évaluation du patrimoine. La suspension de l'indice des prix immobiliers depuis le premier trimestre 2024 et le manque d'une base de données nationale cohérente rendent l'estimation des actifs particulièrement aléatoire. Par ailleurs, le seuil d'assujettissement de 3 millions de dinars, inchangé depuis 2023 malgré l'inflation, risque d'élargir mécaniquement le nombre de contribuables concernés.
Plus largement, le conseiller fiscal dénonce un système fiscal tunisien qui multiplie les nouvelles taxes sans en mesurer les effets réels ni en estimer le rendement. Il plaide pour une approche différente : renforcer la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales, améliorer les mécanismes de contrôle et exploiter les informations disponibles auprès des autorités judiciaires, plutôt que de faire peser la pression fiscale sur les entreprises déjà fragilisées par des procédures complexes et des retards chroniques dans le remboursement de leurs créances sur l'État.
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