
Environ la moitié des intentions d'investissement étranger ne franchissent jamais le cap du projet réel. C'est le constat formulé par Khalil Oubeidi, consultant en investissements et développement de projets, lors de son passage sur les ondes de radio Express FM. Retraits, obstacles imprévus, destinations alternatives : les raisons sont multiples, mais l'ampleur du phénomène interroge.
En effet, l’invité d’Ecomag a explique que le paysage de l'investissement international traverse une période de recomposition profonde. Les répercussions du conflit irano-américain ont redistribué les cartes en matière de flux de capitaux. Parmi les régions qui tirent leur épingle du jeu, il cite le Golfe, l'Afrique du Nord, l'Asie et les États-Unis comme destinations particulièrement prisées des investisseurs internationaux.
Le piège des 90 % d'expansion.
Dans le même contexte, Khalil Oubeidi a précisé que si le volume d'investissements autorisés en Tunisie atteint 8,3 milliards de dinars, la structure de ces flux révèle une fragilité structurelle : 90% de ces investissements proviennent d'entreprises déjà implantées qui élargissent leur activité existante. Les nouveaux projets, porteurs d'emplois inédits et de dynamiques de marché neuves, demeurent marginaux. Et de poursuivre en fixant un objectif cible : parvenir à un ratio de 40 % de nouveaux investissements pour 60 % d'expansion. Pour y arriver, le consultant pointe trois obstacles cumulatifs, une image dégradée à l'international, un discours institutionnel peu rassurant pour les investisseurs étrangers, et des lacunes dans la communication et la valorisation des opportunités disponibles.
L'investissement, moteur fiscal autant qu'économique
Au-delà de la création d'emplois, Khalil Oubeidi rappelle la dimension fiscale trop souvent négligée : chaque projet génère de l'impôt sur les sociétés, de l'impôt sur le revenu, de la TVA et des droits de douane. Sans compter le transfert technologique et l'expertise que portent les nouveaux entrants dans l'écosystème productif tunisien. Sur le financement, le diagnostic est plutôt nuancé du point de vue du consultant : des fonds d'investissement existent, mais la crise du financement des projets, en particulier pour les jeunes entrepreneurs, persiste. La qualité des emplois créés reste, quant à elle, directement tributaire de la qualité des projets eux-mêmes et des incitations que l'État consent à offrir selon ses dires.
Un Code des investissements « excellent mais insuffisant »
Dans le même registre, Khalil Oubeidi qualifie le Code des investissements actuel d'excellent dans ses principes, tout en appelant à des révisions ciblées pour simplifier des procédures trop complexes à mettre en œuvre. Longueur des processus administratifs, lacunes de communication, dispositions non appliquées : les chantiers sont identifiés d’après le consultant. Mais le Code des investissements seul ne peut pas tout. En effet, il plaide pour une révision coordonnée de plusieurs textes fondateurs : le Code des sociétés commerciales, le Code des marchés financiers, le Code du travail et le Code d'arbitrage. C'est à ce niveau systémique que se jouera, selon lui, la crédibilité de la Tunisie comme destination d'investissement réellement compétitive.
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