Les perspectives d’inflation se dégradent dans plusieurs grandes économies

 
L’inflation élevée devrait persister dans l’économie mondiale jusqu’à une bonne partie de l’année prochaine, selon une enquête menée par Reuters auprès de centaines d’économistes. Ceux-ci s’inquiètent de plus en plus du risque d’un enracinement des tensions sur les prix, au-delà de la hausse des coûts de l’énergie provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
 
Depuis l’an dernier, plus de 1 000 milliards de dollars ont été investis à l’échelle mondiale dans les technologies liées à l’intelligence artificielle (IA), contribuant à renforcer la résilience de certaines économies alors que le coût de la vie pèse sur les ménages et s’impose comme un enjeu majeur du débat politique dans plusieurs pays.
 
La plupart des banques centrales n’ont relevé leurs taux d’intérêt que quelques fois, voire pas du tout. D’autres hausses pourraient toutefois intervenir si les pressions inflationnistes s’étendent. La forte correction qui a frappé les marchés obligataires mondiaux ces derniers mois a également entraîné un durcissement des conditions financières, sous l’effet de la hausse des rendements.
 
Les cours du pétrole brut, qui se maintiennent au-dessus de 100 dollars le baril depuis le 7 octobre, ont atteint la semaine dernière leur plus haut niveau en six mois, à plus de 117 dollars. Ils ont progressé de plus de 60 % depuis le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, il y a près de huit mois.
 
Même les prévisionnistes qui n’anticipaient pas une fin rapide du conflit se montrent désormais plus préoccupés par une résurgence de l’inflation, notamment en raison de la résistance de la croissance mondiale.
 
Plus de 500 économistes interrogés par Reuters dans le monde ce mois-ci ont relevé leurs prévisions d’inflation pour 2027 dans 31 des 50 économies étudiées. Ils ont également revu à la hausse leurs perspectives de croissance pour 23 d’entre elles.
 
Ces évolutions suggèrent que les inquiétudes inflationnistes gagnent du terrain et touchent également des économies habituellement caractérisées par une faible progression des prix.
 
Au cours des trois dernières enquêtes trimestrielles, les prévisions médianes d’inflation pour 2027 ont augmenté cumulativement de 0,7 point de pourcentage au Royaume-Uni, de 0,5 point dans la zone euro et de seulement 0,2 point aux États-Unis jusqu’à présent. Elles ont progressé de 0,4 point en Inde et de 0,5 point au Brésil.
 
« La hausse des prix de l’énergie continue de se répercuter sur l’économie mondiale, mais l’activité économique reste résiliente, soutenue par le cycle d’investissement lié à l’IA et par une activité plus dynamique que prévu dans plusieurs régions », a indiqué Seth Carpenter, chef économiste mondial chez Morgan Stanley, dans une note.
 
« Le tableau de l’inflation est devenu plus complexe, alors que les premiers signes d’une transmission de la hausse des prix de l’énergie aux indicateurs d’inflation sous-jacente commencent à apparaître. »
 
Les répercussions de la hausse des prix sur le budget des ménages occupent désormais une place centrale dans plusieurs campagnes politiques à travers le monde. Les sondages montrent que les électeurs américains, à l’approche des élections de mi-mandat prévues le 3 novembre, sont particulièrement préoccupés par ces questions. Au Brésil, l’élection présidentielle, qui a permis au président sortant Luiz Inácio Lula da Silva de décrocher un quatrième mandat non consécutif, a également été largement marquée par les préoccupations liées au coût de la vie.
 
Contrairement aux deux précédentes enquêtes, réalisées en avril et en juillet, qui dessinaient un scénario combinant faible croissance et forte inflation, les dernières prévisions privilégient désormais une configuration dans laquelle les tensions sur les prix s’accompagnent d’une activité économique plus soutenue.
 
Les économistes ont ainsi relevé leurs prévisions de croissance mondiale pour cette année et l’année prochaine, respectivement à 3,0 % et 3,2 %, contre 2,9 % et 3,1 % dans l’enquête de juillet. La prévision pour 2027 reste toutefois inférieure aux 3,4 % anticipés par le Fonds monétaire international (FMI).
 
Les États-Unis, qui dominent les dépenses d’investissement dans l’IA, désormais devenues le principal moteur de la croissance intérieure, devraient enregistrer une progression de leur économie de 2,3 % cette année et de 2,1 % en 2027.
 

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