
Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a annoncé le lancement prochain d'une nouvelle initiative visant à aider les pays africains à renforcer leur préparation aux notations de crédit souverain, au moment où les gouvernements du continent cherchent à réduire leurs coûts d'emprunt et à améliorer leur accès aux capitaux internationaux.
S'exprimant jeudi à Londres lors de la conférence des marchés émergents de S&P, M. Tah a souligné que les lacunes en matière de données, d'infrastructure financière et de transparence contribuaient à accentuer la perception du risque sur les marchés africains. Selon lui, cette perception injustifiée se traduit directement par une hausse des taux d'intérêt et une augmentation du coût de la dette pour les États.
Cette initiative de la BAD intervient dans un contexte de préoccupations persistantes concernant les coûts élevés du financement. Les dirigeants africains soutiennent régulièrement que les conditions d'emprunt imposées au continent ne reflètent pas adéquatement les fondamentaux économiques réels et les perspectives de développement. Si les trois principales agences de notation mondiales, à savoir S&P Global Ratings, Moody's et Fitch Ratings, affirment appliquer leurs méthodologies de manière cohérente à l'échelle mondiale, les décideurs africains réitèrent la nécessité d'une meilleure prise en compte des réalités économiques locales et d'une réduction des asymétries d'information influençant l'évaluation des risques.
Dans le cadre de ce programme, les pays bénéfuceront d'un appui par le biais de la Facilité africaine de soutien juridique (ALSF) afin d'améliorer la qualité et la disponibilité des données économiques et financières requises pour les notations souveraines. Ce dispositif encouragera également la transparence et aidera les gouvernements à mieux appréhender les exigences des agences de notation. M. Tah a rappelé qu'améliorer ces notes est devenu un impératif partagé, soulignant que seuls trois des cinquante-quatre pays du continent disposent actuellement d'une notation de catégorie investissement, ce qui restreint considérablement l'accès des souverains africains à un financement international à moindre coût.
Cette démarche s'inscrit dans le cadre d'une mobilisation plus vaste des institutions africaines visant à développer des mécanismes complémentaires d'évaluation du risque souverain. Le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), une initiative soutenue par l'Union africaine, s'apprête d'ailleurs à lancer une agence de notation continentale afin d'offrir un regard alternatif sur les économies africaines et de contribuer à la maîtrise des coûts d'emprunt.
Parallèlement, la BAD pilote un effort continental d'envergure pour stimuler le financement local et en monnaie nationale. L'institution collabore activement avec les acteurs clés du secteur financier, notamment les fonds de pension et les banques commerciales, afin d'identifier les obstacles structurels au développement de marchés de capitaux profonds et d'optimiser la mobilisation des ressources intérieures. M. Tah a précisé que ces concertations visent à lever les barrières empêchant les nations africaines de mobiliser pleinement leur épargne domestique pour financer leurs investissements et leur développement.
Themes :
© Copyright Tustex



































