
Fin mars 2026, l'encours des prêts aux ménages tunisiens a reculé de 233 millions de dinars par rapport à fin 2025. Pour l'expert-comptable Sofiane Ourimi, intervenu sur les ondes de Radio Express FM, ce chiffre en apparence modeste dissimule un glissement structurel du financement bancaire. En effet, les dernières données de la Banque centrale de Tunisie, arrêtées à fin mars 2026, font apparaître un encours total de prêts aux particuliers de 30,3 milliards de dinars, contre 30,5 milliards à la clôture de 2025. Une baisse de 233 millions de dinars qui, selon l’invité d’Ecomag, doit être lue à l'aune du rôle central que joue le secteur bancaire dans le financement de la consommation et de l'investissement en Tunisie.
La hausse des prix de l’immobilier pointée du doigt
De plus, Sofiane Ourimi a expliqué que le crédit immobilier, qui représente la part la plus importante avec 13,3 milliards de dinars, subit de plein fouet la hausse des prix de l'immobilier, qui a renchéri le coût des emprunts et réduit la capacité des ménages à constituer un apport initial suffisant. S'y ajoute un facteur réglementaire : les modifications législatives récentes sur les chèques ont perturbé le régime de taux fixe pour les prêts à long terme, poussant de nombreuses banques à se montrer plus réticentes à accorder des prêts immobiliers de plus de quinze ans.
Dans le même propos, l’expert-comptable a indiqué que le crédit automobile a lui aussi reculé, à environ 434 millions de dinars, sous l'effet de conditions d'octroi plus strictes, durées de remboursement réduites et apports exigés en hausse. Les prêts étudiants, avec seulement 14,2 millions de dinars, restent marginaux dans le paysage du financement bancaire aux ménages. Le crédit à l'amélioration de l'habitat, quant à lui, s'établit à 11,1 milliards de dinars, selon ses dires.
Une mise en garde sérieuse
Pour Sofiane Ourimi, le facteur explicatif principal de ce recul est ailleurs : la montée en puissance du financement de l'État par souscription d'obligations du Trésor. Les banques y voient un placement de rendement élevé et de risque limité, qui détourne progressivement les liquidités du circuit productif. Les données disponibles confirment une progression significative de ces investissements en titres publics, pendant que la croissance des prêts à l'économie reste modeste.
Par ailleurs, l'analyste met en garde contre les effets en cascade de cette tendance : un financement bancaire en retrait pèse directement sur la consommation et l'investissement privés, deux piliers de la croissance. Elle pousse par ailleurs certains ménages à se tourner vers des alternatives extérieures au système bancaire, emprunts familiaux ou microfinance, cette dernière restant critiquée pour ses taux d'intérêt particulièrement élevés.
Pour conclure, Sofiane Ourimi appelle in fine à trouver un équilibre entre les impératifs de solidité financière des établissements bancaires et les besoins de financement de l'économie réelle, un rééquilibrage qu'il juge indispensable pour soutenir l'activité dans les prochains mois.





































