
Tunisie Valeurs vient de publier une étude approfondie sur le secteur bancaire en Tunisie, un secteur qui connait une transformation du modèle opérationnel, constate l'intermédiaire en Bourse. Le système bancaire tunisien a évolué sur les deux dernières années dans un contexte international particulièrement marqué par une conjoncture économique complexe et instable, une montée des tendances protectionnistes et des tensions géopolitiques persistantes.
L'année 2025 a été marquée par la poursuite de l'assouplissement des politiques monétaires des principales banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE). Cette orientation s'inscrivait dans un contexte de reflux des prix de certaines matières premières et de rapprochement progressif de l'inflation de sa cible à moyen terme.
Toutefois, la donne a changé depuis et l'année 2026 a marqué un tournant dans la conduite des politiques monétaires des principaux argentiers du monde. L'intensification des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment le conflit impliquant l'Iran, conjuguée aux incertitudes liées à la politique commerciale américaine, a ravivé les risques inflationnistes, en particulier à travers la hausse des prix de l'énergie et les perturbations des chaînes d'approvisionnement. Face à ces nouvelles pressions sur les prix, la Fed et la BCE ont procédé à un resserrement de leurs politiques monétaires afin de favoriser la stabilisation de l'inflation autour de son objectif à moyen terme.
En Tunisie, la Banque centrale (BCT) a entamé, en 2025, un cycle de desserrement de ses conditions en abaissant son taux directeur à deux reprises, en mars et en décembre 2025. Ces deux réductions de 50 pbs ont ramené le taux directeur à 7%. Cette orientation, adoptée dans un contexte de tendance baissière de l'inflation (4,9% en décembre 2025 contre 6,2% en décembre 2024), traduit la volonté de la BCT de concilier la stabilité des prix avec un soutien mesuré à l'activité économique. Parallèlement, le taux minimum de rémunération de l'épargne a été abaissé à 6%.
Dans un environnement entouré d'incertitudes accrues, alimentées notamment par les retombées de la guerre au Moyen-Orient sur les prix internationaux, les chaînes d'approvisionnement et les équilibres mondiaux et financiers mondiaux, la BCT a maintenu, en 2026, une conduite prudente et vigilante de la politique monétaire.
Lors de sa réunion du 7 octobre 2026, le Conseil d'Administration de la BCT a décidé de maintenir le taux directeur inchangé à 7%, estimant que les risques entourant la trajectoire future de l'inflation demeurent orientés à la hausse. Dans ce contexte, le Conseil a réaffirmé qu'il continuera d'assurer un suivi étroit de l'évolution des prix, de la demande, de la liquidité bancaire et des équilibres extérieurs et se tient prêt à prendre les mesures qu'il jugera nécessaires afin de contenir les pressions sur la formation des prix, et favoriser le retour durable de l'inflation à des niveaux soutenables.
Après avoir maintenu son taux directeur autour de 7%, la Banque centrale a publié, le 9 octobre 2026, la circulaire n° 2026-11 relative à la mise en œuvre de la politique monétaire. Celle-ci prévoit le triplement du coefficient de réserves obligatoires, qui passe de 1% à 3%, et ce, à partir du 1er novembre 2026. Les réserves obligatoires correspondent à la part des dépôts que les banques doivent conserver auprès de la BCT. Leur relèvement contraint donc les établissements bancaires à immobiliser davantage de liquidités. En brandissant l'arme des réserves obligatoires, l'autorité monétaire entend réduire les niveaux de liquidités disponibles dans le secteur bancaire et pallier les risques d'une surchauffe de la demande, sans toucher au coût du crédit. Cependant, le recours à cet instrument quantitatif pourrait fragiliser davantage l'activité du crédit ; une activité à la peine depuis 2023.
En 2025, malgré une économie en transition (une croissance modérée du PIB de 2,5%), les banques tunisiennes ont continué de profiter de l'abondance des liquidités sur le marché (progression de l'encours des dépôts agrégé du secteur bancaire coté de 7,3% à 106,5 milliards de dinars). Selon Tunisie Valeurs, la cause de la situation de surliquidité qui caractérise les banques tunisiennes est l'absence, à l'heure actuelle, de produits d'investissement alternatifs : faiblesse de l'investissement productif, immobilier en berne, présence de restrictions à l'importation, réglementation des changes stricte, écosystème encore peu favorable aux startups qui continuent à privilégier les investisseurs institutionnels étrangers et marché obligataire presque illiquide. Et ces opportunités d'investissement alternatives sont souvent perçues comme risquées ou peu accessibles. Par conséquent, les ménages et les entreprises préfèrent placer leur argent dans des produits bancaires classiques.
Cette bonne performance intervient, concomitamment avec la politique de réduction modérée du nombre d'agences bancaires entamée par les banques cotées depuis 2021 (fermeture de 48 agences depuis 2021, portant le nombre d'agences à 1574 pour l'ensemble du secteur bancaire coté à fin 2025).
En 2025, les banques publiques se sont montrées plus réactives en matière de collecte que leurs consœurs privées. Le secteur public a vu son encours des dépôts agrégé augmenter de 10,2 % à 36,5 milliards de dinars. Quant au secteur privé, il a reporté une progression de son encours des dépôts agrégé de 5,8 % à 68,8 milliards de dinars. Les banques publiques ont renforcé leurs efforts de mobilisation des ressources sur l'année 2025 afin de tirer pleinement parti du contexte d'abondance des liquidités, dans une perspective d'optimisation du coût des ressources et d'une gestion Actifs/Passifs plus équilibrée, et ce, après avoir souffert d'une trésorerie tendue pendant de nombreuses années. La bonne orientation des dépôts a revêtu un caractère généralisé, portant sur toutes les catégories de ressources. Les dépôts à vue se sont élargis de 6,5 % à 37,7 milliards de dinars. Les dépôts d'épargne se sont appréciés de 8,7 % à 35,3 milliards de dinars. Tandis que les dépôts à terme se sont bonifiés de 6,8 % à 33,5 milliards de dinars. D'après le rapport annuel 2025 de la Banque centrale, les dépôts de l'ensemble des banques résidentes (cotées & non cotées) ont enregistré, en 2025, un ralentissement de leur rythme de progression (+7,3 % contre +10,3 % à fin 2024) pour atteindre 123 milliards de dinars au terme de l'exercice. Cette évolution résulte de l'effet conjugué du ralentissement de la croissance des dépôts en dinars (+9,6 % contre +10,9 % à fin 2024) et de la contraction des dépôts en devises (-5,1 % contre +7,2 % à fin 2024). La progression des dépôts en dinars est portée aussi bien par la croissance soutenue des dépôts à vue (+12,9 %) que des dépôts d'épargne (+8,7 %).
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